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Dreux (28100)

André Zucca ou Piernic

En novembre 2016, une exposition à la Mairie de Paris de 250 photographies, « Les Parisiens sous l’Occupation » provoqua une énorme polémique. Malaise dans l’exposition où la morne enfilade de photos donnait la vision d’une occupation allemande à Paris de 1940 à 1944, si …

André ZUCCA - © Droits réservés
Par Manon BROUSSEAU - Le 23 juin 2026

En novembre 2016, une exposition à la Mairie de Paris de 250 photographies, « Les Parisiens sous l’Occupation » provoqua une énorme polémique. Malaise dans l’exposition où la morne enfilade de photos donnait la vision d’une occupation allemande à Paris de 1940 à 1944, si douce. Malgré la présence de soldats allemands, les photos présentées offraient une impression de tranquillité qui, dans la réalité, n’existait pas. Les étoiles jaunes portées par les juifs, les rafles, les queues devant les magasins sans ravitaillement. Bref, le véritable quotidien des Parisiens pendant l’Occupation allemande était absent de ces photographies en couleur. 

André ZUCCA, le photographe de cette exposition, est né à Paris en 1897. Fils unique d’une couturière piémontaise, Erminia Zucca, son père brodeur ne l’ayant pas reconnu. Entre 14 et 17 ans, il vécut à New-York avec sa mère. De retour en France il découvrit la photographie et réalisa des portraits pour la revue de théâtre et cinéma « Comœdia ». Épris d’aventure, il réalisa son premier grand reportage en 1935-36 à travers l’Italie, la Yougoslavie et la Grèce. En 1937, il partit six mois pour un voyage au Japon, via le canal de Suez. Puis il revint via la Chine et l’Inde. Il vendait ses photos à différents journaux comme Paris-Soir, Match, Life, Picture Post.

En 1939, attaché au 2e Bureau (service des renseignements), il fut envoyé comme correspondant de guerre pour couvrir les combats de l’armée finlandaise contre l’armée soviétique. Début 1940, il travailla en France avec Joseph Kessel sur la « drôle de guerre » pour le quotidien Paris-Soir. Il fut, sinon un espion, un observateur des évènements du début de la guerre. Resté à Paris, tout a basculé en 1940 quand l’armée allemande est entrée dans la capitale française. 

Il fut alors contacté en août 1941 par les autorités allemandes pour continuer son travail de photographe au journal « Signal », journal de propagande nazie créé à l’initiative de Goebbels. Favorisé en devenant correspondant du journal allemand, il possédait une carte de presse, un laissez-passer. Le seul en France à avoir le privilège de pouvoir photographier en couleur, à l'aide d'une pellicule Agfacolor (pièce rare à l'époque), les scènes de la vie quotidienne parisienne.

Il choisit de ne montrer que des images idylliques de l’Occupation, avec un côté touristique en occultant la dure réalité. Il prenait en priorité les petits faits de la vie quotidienne. Ce sont les éditeurs allemands qui faisaient le tri dans ses clichés, ne gardant que ce qui les intéressait.

Curieusement, il a aussi photographié la Libération de Paris en août 1944, les Allemands étant partis. À la fin du journal « Signal », Zucca devint correspondant de guerre des armées du général de Lattre de Tassigny.

André Zucca a été poursuivi pour collaboration et atteinte à la sûreté de l'état, mais son dossier fut classé sans suite. Il fut contraint de quitter Paris pour se réfugier à Garnay. Il ouvrit à Dreux, 20 rue du Bois Sabot, une boutique spécialisée dans la photographie sous le pseudonyme de « Piernic », du nom de ses deux enfants Pierre et Nicole. Il photographiait les mariages, chasses à courre, fêtes de famille et même en 1952 la campagne électorale de Maurice Viollette. Personne ne se doutait à Dreux que le nom de Piernic cachait celui d’André Zucca, photographe collaborationniste du journal de propagande allemand. Après avoir fait faillite en 1965, André Zucca retourna à Paris où il s'éteignit à l'âge de 75 ans, en 1973. Ses archives furent rachetées par la Bibliothèque historique de Paris en 1986. 

André ZUCCA - © Droits réservés
André ZUCCA - © Droits réservés
André ZUCCA - © Droits réservés
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