En quelques mots...
Il y a plusieurs façons de considérer l'histoire du cinéma, que l'on peut regarder au fil de chefs-d'oeuvre fondateurs, au gré de ses plus grands auteurs, ou à la lumière privilégiée de genres identifiables et évolutifs. Inversement, le jugement esthétique aura tôt fait, et plus que pour d'autres expressions artistiques, de qualifier un film de « navet », « nanar », « série Z ». Or, économiquement et sociologiquement, des réalisations estimées médiocres en raison de leurs facilités narratives et de leurs stéréotypes, des films réputés de peu d'intérêt ou « mauvais » ont une importance durable et parfois inattendue. Le succès actuel des séries a quelque chose à voir avec les feuilletons muets qui n'étaient que des compléments de programme dans les années 1910-1920. Aux États-Unis, l'expression « série B » correspond d'abord à une époque et une pratique, et non à une expression péjorative. En Italie, on exploite volontiers des « filons » qui révèlent un esprit du temps et permettent l'émergence de vraies réussites cinématographiques. De nombreux cinéastes contemporains (Tarantino, Winding Refn, Weerasethakul...) s'avouent fascinés et influencés par un cinéma « bis » qui n'est pas celui des grands noms... encore que certaines célébrités aient oeuvré dans les marges des productions de grande envergure qui leur ont donné leur aura. Il existe aussi, aujourd'hui, une passion pour le « nanar » qui ne remet pas tout en question, mais en elle-même interroge ce que l'on appelle la cinéphilie.